« Rien ne sera simple »

Au départ de son troisième et dernier Dakar avec Peugeot, à partir de demain au Pérou, Sébastien Loeb est-il en mesure de sortir vainqueur de cette 40e édition ? Le parcours, particulièrement sélectif, et la concurrence affûtée ne plaident pas en sa faveur. Mais l’Alsacien veut y croire. Entretien.

Hier matin, sur la base aérienne de Las Palmas où l’on s’active pour accueillir le Pape François – voyage pontifical du 16 au 21 janvier, entre Chili et Pérou, avec une messe d’adieu sur le tarmac militaire –, Sébastien Loeb débutait son dernier apostolat de pilote de rallye-raid par un rituel bien réglé : l’installation dans son camping-car, soit sa « maison pour deux semaines ».

« La navigation sera primordiale »

Au soir de chaque étape, celui qui mènera la Peugeot 3008 DKR Maxi floquée du numéro 306 sur les pistes péruviennes, boliviennes puis argentines retrouvera le confort douillet de son petit chez soi, qu’il partage avec son copilote de toujours, Daniel Elena. Neuvième en 2016, deuxième l’an dernier, l’équipage espère gravir cette année la dernière marche. Mais l’ascension s’annonce compliquée et un peu vertigineuse.
– Dans quel état d’esprit abordez-vous votre troisième Dakar ?
– Pour l’instant, tout va bien ! J’emménage mon petit intérieur. Je suis motivé à l’idée de me battre le plus longtemps possible pour la victoire. On me fait dire que c’est l’année ou jamais. Mais je sais que rien ne sera simple.
– Pourquoi ?
– De par le parcours, déjà. La première année m’était favorable, avec des pistes typées WRC où mon expérience pouvait servir (il était en tête à mi-course avant de perdre beaucoup de temps dans le hors-piste pour finir neuvième). La deuxième l’était moins, mais ça pouvait encore le faire. Mais là, on attaque du vrai désert. Vous prenez les cinq premiers jours au Pérou (de samedi à mercredi). Je ne sais pas exactement à quoi m’attendre, mais j’imagine que l’on va rouler dans de grands espaces, en suivant un cap. La navigation sera primordiale.
– Que redoutez-vous ?
– De tourner en rond pendant une plombe parce que l’on ne trouve pas le “waypoint” (point de passage obligatoire, souvent masqué). Ce n’est pas la peine de rouler trois dixièmes au kilomètre plus vite que les autres si c’est pour “jardiner” un quart d’heure à la recherche d’une balise. Malgré tout, il faut être dans le bon rythme, ce qui est beaucoup moins naturel pour moi dans cet environnement.
– Le rallye peut-il être joué dès jeudi prochain et le passage du Pérou vers la Bolivie ?
– Je ne sais pas, mais on peut perdre gros. Après, il ne faut pas renoncer tant que les spéciales de Belén et Fiambala (étapes 10 et 11) ne seront pas franchies, en deuxième semaine. Ce sont les plus dures du rallye, dans la chaleur et sur un terrain difficile, avec de la végétation et des pistes qui s’éparpillent un peu. On pourra toujours miser sur un retournement de situation…

« Plus qu’une place à prendre : la première ! »

– L’expérience des deux années précédentes va-t-elle vous servir ?
– Je l’espère ! Si l’on regarde notre courbe de progression, il n’y a plus qu’une place à prendre : la première ! Mais bon, on ne pourra jamais avoir l’expérience des autres. Prenez Peterhansel et Cottret, ils sont ensemble depuis 70 ans (depuis 1999, avec 7 succès à la clé)  !
– Peterhansel sera-t-il encore le favori de cette 40e édition ?
– Nasser Al Attiyah (le Qatarien de Toyota) est certainement le plus rapide. Il devrait l’être encore plus avec cette histoire de changement réglementaire. Après notre triplé de l’an dernier, on est handicapé par notre surpoids par rapport à la concurrence et les débattements d’amortisseurs à la taille moindre chez nous. Sans parler de l’interdiction des cartes, applicable à tous, qui rend encore la course plus aléatoire…
Mais bon, comme je l’ai dit, c’est une épreuve où d’autres paramètres que ceux de la performance pure peuvent être décisifs. Peterhansel en est le parfait exemple. Il n’est pas le plus rapide, mais à la fin, c’est quand même lui qui gagne, grâce à son intelligence de course, à son rythme.
– Pour cette dernière, vous rêvez quand même d’une victoire, non ?
– Bien sûr, à choisir, j’aimerais me retirer sur un succès. Mais je suis conscient que sur le papier, ce n’est a priori pas un parcours pour moi. Faisons déjà notre course. On verra ce que ça va donner.

Sébastien Keller © Dernières Nouvelles d’Alsace 05/01/2018