« De beaux enjeux »

Hier en Afrique du Sud, Sébastien Loeb a bouclé sa deuxième saison complète en Championnat du monde de rallycross sur une déception. Pas grave, l’Alsacien se projette avec ambition sur la suite : le Dakar, le rallye, 2018 avec Peugeot. Entretien.

Le baisser de rideau, hier au Cap, sur la saison de rallycross a proposé un condensé assez fidèle de l’année. Le Suédois Johan Kristoffersson, titré depuis deux mois, a offert à Volkswagen son huitième succès en 12 manches, les quatre autres étant remportées par Mattias Ekström (Audi).
Sébastien Loeb, lui, n’est pas parvenu à sauver l’honneur de Peugeot. Celui qui est monté à six reprises sur le podium en 2017 a même joué de malchance pour échouer aux portes de la finale, bouclant ainsi le championnat au quatrième rang.

« Tâchons de faire les choses au mieux »

À 43 ans, le nonuple champion du monde des rallyes n’a pas l’intention de baisser les bras. Son avenir sera encore et toujours rythmé par le vrombissement d’un moteur.
– Que retenir de ce final en Afrique du Sud ?
– Rien de bien satisfaisant, si ce n’est le fait d’avoir découvert un nouveau pays ! Quand ça ne marche pas, ça en devient énervant… Le week-end avait mal commencé en qualification et s’est achevé de façon prématurée en demi-finale. Pourtant, j’avais pris le meilleur départ en m’élançant de la troisième ligne. Mais au premier virage intérieur, la voiture derrière moi est venue me taper dans l’échappement, m’envoyant dans le décor…
– Que retenir de votre deuxième saison en rallycross ?
– On a plutôt bien bossé. Notre 208 était plus performante que celle de l’année dernière. Le problème, c’est que Volkswagen a placé la barre tellement haut qu’il nous a été impossible de viser la victoire. Il a donc fallu se contenter de places sur le podium (cinq à la suite cet été). C’est frustrant, mais il faut bien l’accepter.
– N’avez-vous jamais eu envie de jeter l’éponge ?
– Je n’ai pas pour habitude de ne pas honorer mes contrats (celui avec Peugeot court jusqu’à fin 2018). Bien sûr que ça fait ch… de ne pas gagner. Le seul truc à faire, c’est de tenter ta chance avec ce que tu as…
– Comment expliquez-vous une telle domination de Volkswagen ?
– Après l’arrêt de leur programme mondial en rallye, fin 2016, ils avaient une superbe Polo au fond du garage et il a suffi de la ressortir ! Ils ont pu bénéficier de toutes leurs années de développement en WRC pour débarquer en rallycross, une discipline encore de niveau amateur voilà trois saisons, où les budgets sont bien moins importants. À un moment, tu ne peux pas lutter.
– Et vous avez milité pour que Peugeot mette aussi les moyens l’an prochain, avec succès. Pourquoi ?
– Parce que la discipline est sympa et commence à bien se développer. À partir du moment où Peugeot a décidé de se retirer du rallye-raid après le prochain Dakar, mobiliser toutes les forces et les ambitions dans ce programme me paraissait pertinent. Mais attention, ce n’est pas moi qui décide et je n’étais sûr de rien !
– Pensez-vous que les “lionnes” vont rattraper leur retard face à “VW” ?
– La seule certitude, c’est que l’on disposera de plus de moyens et d’effectifs. Mais il ne faudra pas se tromper dans le développement de la nouvelle voiture, car on se rend compte que ce n’est pas son exploitation sur le terrain qui change grand-chose. Pour qu’une voiture puisse gagner, il faut qu’elle soit bien “née”. C’est à ce niveau que le rôle de Peugeot sera prépondérant. Il y a de beaux enjeux. Tâchons de faire les choses au mieux, histoire de pouvoir nous battre pour les victoires et le titre.
– En parallèle, vous avez aussi un Dakar à disputer et quelques rallyes avec Citroën au menu. Qu’en est-il ?
– Concernant le Dakar, l’idée est d’essayer de le gagner, pour notre troisième participation. Mais le rallye-raid est une discipline tellement aléatoire qu’il ne sert à rien de tirer des plans sur la comète. On verra en janvier !
Pour le retour en rallye, cela part d’une volonté commune avec Citroën. De leur côté, ils ont besoin d’aide. Moi, j’ai envie de retrouver à nouveau le plaisir de piloter une WRC.

« Deux ou trois épreuves en rallye » avec Citroën

Mais je ne vais pas disputer une saison complète, hein ! Ça va se résumer à deux ou trois épreuves, que l’on va choisir ensemble, en fonction de leurs intérêts et de mes goûts, en dehors du calendrier du rallycross qui reste ma priorité. Rien n’est signé, mais on va trouver un accord, j’en suis persuadé !
– En parlant de rallye, vous êtes annoncé au départ du Rallye du Var, dans dix jours, au volant de votre Peugeot 306 Maxi. Pour y faire quoi exactement ?
– Prendre du plaisir ! Avec SLR (son écurie privée) , on a révisé la voiture de fond en comble et on l’a testée l’autre jour dans les Vosges. Face aux WRC du Championnat de France, on va être un peu juste avec nos deux roues motrices, surtout s’il pleut. Mais peu importe. Le but, c’est aussi de faire un peu bouger Daniel (Elena, son copilote) pour qu’il ne s’encroûte pas avant le Dakar !
– Mardi, vous serez à Paris pour présenter une attraction qui portera votre nom au Futuroscope de Poitiers. Que pouvez-vous en dire ?
– Rien, car le secret est bien gardé ! Tout ce que je peux dévoiler, c’est qu’il y a une histoire de vapeurs hallucinogènes qui va “transporter” les passagers à mes côtés, sur les routes alsaciennes. J’ai hâte de voir le rendu. Dans ces cas-là, j’ai toujours un peu peur que le spectateur soit déçu, parce que les sensations ne peuvent pas être égales à la réalité.

Sébastien Keller © Dernières Nouvelles d’Alsace 13/11/2017