Un quinquennat pour grandir

En cinq ans, la petite entreprise de Sébastien Loeb et de son mentor des débuts, Dominique Heintz, est devenue grande. Le nouveau “quinquennat” qui s’ouvre doit permettre à SLR de poursuivre son développement, avec de nombreux projets en stock.

D’année en année, la photo de famille s’agrandit. L’autre soir, sur un bateau de CroisiEurope – un des partenaires historiques de l’écurie –, il fallait ainsi jouer des coudes pour que pilotes, mécanos et ingénieurs, réunis autour de Sébastien Loeb et Dominique Heintz, tiennent dans le cadre du photographe.

C’est qu’avec désormais 21 emplois à temps plein, au moins autant de prestataires qui interviennent de manière régulière et la douzaine de pilotes qui arpente les circuits et les pistes de rallye, la structure basée à Soultz-sous-Forêts est devenue une pièce importante sur l’échiquier du sport auto en France.

« Aujourd’hui, le budget est à l’équilibre »

« On a connu des débuts pas faciles, que ce soit au niveau de l’organisation ou du financement, rappelle Loeb. Sportivement, on se cherchait, aussi, sans trop savoir dans quelles disciplines se placer. Mais on a toujours essayé de faire les choses de manière professionnelle. L’écurie a bâti son expérience. Puis on a gagné la confiance d’un constructeur, Citroën, qui nous a confié ses voitures dans un Championnat du monde (de voitures de tourisme, le WTCC). Tout cela fait qu’aujourd’hui, le budget est à l’équilibre. On peut dire que SLR est une bonne équipe. »

Dans le mode de fonctionnement, rien n’a changé. Toujours très pris par ses activités de pilote chez Peugeot – en rallye-raid et rallycross –, Sébastien Loeb donne toute latitude à Dominique Heintz pour gérer le quotidien. « Les décisions stratégiques et les rendez-vous importants se prennent à deux », précise-t-il.

Chapeautée par l’ingénieur Jean-Philippe Nicolao et le chef d’atelier Régis Rolin, présents depuis le lancement en 2011, l’équipe parvient à gérer plusieurs programmes de front, sans risque de dispersion.

À l’heure du bilan, les sourires sont de mise. En WTCC, Mehdi Bennani a remporté le titre dans la catégorie réservée aux concurrents indépendants. En compagnie de Tom Chilton et Grégoire Dumoustier, le Marocain permet aussi à SLR d’être consacré au classement par équipes.

Toujours sur les circuits, en Porsche Cup, deux autres pilotes ont brillé. Florian Latorre coiffe à dix-huit ans la couronne de meilleur débutant, dès sa première saison en berline. Quant à Christophe Lapierre, il s’impose dans le championnat B pour la quatrième fois en cinq ans.

Chez SLR, chacun y trouve donc son compte : les Gentlemen , ses pilotes “payants” qui s’offrent les services d’une écurie privée pour assouvir leur passion, comme les Rookie , en l’occurrence les jeunes sans grands moyens qui ont besoin d’un soutien, histoire de mettre le pied à l’étrier, ou plutôt sur la pédale d’accélérateur.

« Si on file la métaphore politique, on va dire que notre premier quinquennat était pour apprendre, synthétise Dominique Heintz. Le deuxième sera pour grandir. On a plein de beaux projets en tête. On va essayer de les finaliser dans les prochaines semaines. »

« Le but, c’est de devenir à terme une référence »

Le rallye, dont l’activité a été lancée cette saison, devrait ainsi connaître une montée en puissance. La nouvelle implication constitue en quelque sorte un retour aux sources pour les deux patrons, le jeune Loeb étant soutenu par Heintz voilà vingt ans, à l’aube de l’aventure victorieuse en Mondial.

« Le rallye colle plus à mon image, reconnaît le nonuple champion du monde de la discipline, entre 2004 et 2012. Avec SLR, je n’avais pas spécialement envie d’y retourner tout de suite, alors que j’étais encore dans le milieu. Et puis, il fallait d’abord stabiliser notre activité en circuit. Là, on a commencé doucement, avec trois voitures engagées (deux Peugeot 208 R5, une DS3 R3). Le but, c’est de devenir à terme une référence, en France ou ailleurs. Bien sûr, ce serait génial de pouvoir s’appuyer sur un constructeur, comme on le fait avec Citroën en circuit. Mais pour cela, on doit d’abord faire nos preuves. »

Fidèle à ses principes, Loeb reste pragmatique et ne se risque à aucun effet d’annonce. « On sait que dans le sport auto, tout est remis en question à chaque fin de saison, dit-il. On n’est pas dans la production de boîtes de petits pois, où tu peux prévoir ton activité d’une année sur l’autre. Là, il suffit qu’un partenaire te lâche pour que tout s’écroule. C’est un métier compliqué. »

« C’est une fierté »

Comme bon nombre de sportifs qui ont très bien gagné leur vie, le quadragénaire n’aurait pas besoin de s’imposer toutes ces contraintes. Mais s’il a accepté de “signer” pour un nouveau quinquennat, c’est bien qu’il y trouve un intérêt.

« Avec SLR, on fait quand même vivre pas mal de monde, justifie-t-il du bout des lèvres. C’est une fierté que d’avoir réussi à développer une boîte. Et maintenant qu’elle tourne, pourquoi s’arrêter ? »

L’an prochain, à la même période, le cadre de la photo de famille devra peut-être encore être agrandi…

Sébastien Keller © Dernières Nouvelles d’Alsace 10/11/2016